L'octobre dernier, j'étais sur mon bateau au-dessus d'un décrochement à quatorze mètres de fond, les yeux rivés sur l'écran du sondeur, et pendant un instant j'en ai oublié la barre. Sous la coque flottait un nuage de petits poissons, si dense qu'il colorait presque tout l'écran. Et au milieu, légèrement à l'écart et nettement plus gros que tout le reste, un seul trait bien marqué. C'est exactement pour ce genre d'images que je me lève tôt en automne.
Le jour où l'écran m'a coupé le souffle
Ce barrage, je le connais depuis des années, mais en automne, il me montre chaque fois un visage différent. Les jours précédents, la température de l'eau était passée de quinze à onze degrés, et c'est ce genre de chute qui déclenche le même phénomène sur presque tous les plans d'eau profonds. La couche superficielle réchauffée se refroidit, la thermocline se rompt, et soudain les gardons, corégones et jeunes perches peuvent à nouveau se tenir dans toute la colonne d'eau, au lieu d'être cantonnés aux premiers mètres. Ce qui ressemble, pour le néophyte, à une note limnologique aride, est pour moi le signal le plus important de toute l'année. Les poissons-fourrage quittent les hauts-fonds et se rassemblent au-dessus des anciens lits de rivière, sur les plateaux et les décrochements, entre dix et dix-huit mètres de profondeur. Et là où se concentre autant de biomasse, les gros brochets ne campent jamais bien loin.
Ce matin-là, j'ai d'abord suivi mon programme d'automne habituel : bordures d'herbiers en eau peu profonde, jerkbaits de taille moyenne, la recette qui m'avait apporté du poisson de façon fiable en septembre. J'ai d'ailleurs pris quelques poissons, mais toujours les mêmes suspects habituels, entre soixante et quatre-vingts centimètres. De beaux poissons, aucun doute là-dessus, mais pas le calibre que je recherche vraiment en automne.
Pourquoi mes leurres habituels sont soudain devenus trop petits
Le déclic a eu lieu quand je suis repassé, pour la énième fois, au-dessus de ce fameux décrochement, et que l'écran du sondeur a littéralement explosé de marques de poissons. J'ai compris que je pêchais à côté de l'action depuis le début. Les petits brochets planqués dans l'herbier chassent des alevins de poisson blanc et de jeunes perches de cinq à huit centimètres. Les vrais gros brochets, ceux qui dépassent le mètre dix, en ont depuis longtemps soupé. Un poisson de cette taille doit passer l'hiver, et pour cela, seul le gros calibre vaut vraiment le coup. Une brème de vingt centimètres ou un beau corégone lui apporte plus d'énergie par attaque que dix petits gardons réunis. C'est pourquoi les vrais gros poissons se rapprochent en automne de l'endroit où se trouve la grosse nourriture, et ce n'est plus la bordure d'herbier, mais la profondeur.
J'ai donc rangé mon jerkbait de douze centimètres et je suis passé à du matériel bien plus costaud. C'est exactement ce changement qui a fait basculer la session.
Le tournant : gros calibre et patience pendant la phase de descente
Ce qui atterrit maintenant au bout de ma canne, c'est un swimbait entre vingt-trois et vingt-huit centimètres, le plus souvent un glide bait à système de lestage interne ou un paddle tail souple monté sur une tête plombée massive, entre quatre-vingt-dix et cent vingt grammes. Ça peut sembler totalement démesuré pour certains pêcheurs de sandre, mais à quatorze mètres de profondeur, un leurre a tout simplement besoin de masse pour descendre en un temps raisonnable et pour y rester. Je pêche ces leurres avec une canne d'au moins cent grammes de puissance, une tresse de 0,25 à 0,30 millimètre, et un bas de ligne en titane de quarante centimètres, car un bas de ligne acier trop rigide affecte sensiblement l'action de leurres de cette taille.
Le vrai art, pour moi, réside dans l'animation. Je laisse d'abord le leurre couler complètement jusqu'au fond ou jusqu'au niveau du banc, ce qui, avec les poids que j'utilise, peut facilement prendre quinze à vingt secondes. Cette attente met mal à l'aise beaucoup de pêcheurs, parce qu'on a l'impression de ne rien faire. Mais c'est justement pendant cette phase, quand le leurre descend en tanguant à travers le banc, que je récolte la plupart de mes touches. Suivent ensuite deux ou trois tours de moulinet longs et lents, puis à nouveau une pause de plusieurs secondes, et le tout se répète le long du décrochement. Pas de twitch nerveux, pas de jerk agressif. D'après mon expérience, les gros brochets en eau profonde à l'automne veulent exactement cette présentation lente, presque pataude, qui imite à s'y méprendre un poisson-fourrage affaibli et titubant.
Il est également essentiel de ne pas lancer au hasard sur tout le lac, mais de longer précisément les décrochements et les plateaux où les bancs de poissons-fourrage apparaissent au sondeur. Je ne cherche d'ailleurs pas le cœur du banc, le plus dense, mais sa lisière. Les gros brochets se tiennent presque jamais au centre de la boule de poissons, mais légèrement à l'écart, souvent un à trois mètres plus bas ou décalés sur le côté, d'où ils peuvent frapper les poissons isolés qui se détachent de la formation.
La touche qui a confirmé la théorie
Ce matin-là, ça a explosé au quatrième lancer le long de ce décrochement. Le swimbait n'avait pas encore fait trois tours de moulinet après sa descente que la ligne s'est soudain tendue, comme si quelqu'un avait tiré le frein à main. Pas une touche hésitante, mais un coup sec qui a plié le scion jusque dans la poignée. Le combat a duré presque dix minutes, car le poisson replongeait sans cesse dans cette profondeur et profitait de la distance avec le bateau pour prendre de la ligne. Quand il est enfin remonté en surface, j'ai su immédiatement que le changement de calibre avait payé. Un brochet de cent seize centimètres, puissant dans le dos, avec cette tête typiquement épaisse d'un poisson qui se nourrit de grosses proies depuis des semaines.
Ce que je retiens surtout de cette journée, c'est ceci : en automne, la taille du leurre détermine souvent plus la taille du poisson que le spot lui-même. Celui qui continue à pêcher avec des leurres pensés pour les petits et moyens brochets de l'herbier continuera surtout à sortir ce genre de poissons. Celui qui accepte de descendre en profondeur, d'attacher un vrai poids lourd à son bas de ligne et de s'armer de patience pour de longues phases de descente, accède à une tout autre classe de poissons.
Ma conclusion
Pour moi, l'automne est la période de l'année où je sors les bas de ligne les plus costauds de ma boîte et où j'augmente systématiquement mon calibre. Dès que la température de l'eau passe sous les douze degrés et que la thermocline se rompt, l'action se déplace de la berge vers les décrochements, les plateaux et les fosses où se rassemblent les bancs de poissons-fourrage. Un swimbait de vingt-cinq centimètres, animé avec de longues pauses le long de ces structures, m'a apporté plus de poissons au-dessus du mètre dix ces dernières années que n'importe quelle autre méthode. Je surveille de près la température de l'eau, car c'est elle qui m'indique précisément quand cette fenêtre s'ouvre, et je dois avouer que je n'ai plus besoin de tout deviner moi-même depuis longtemps. L'appli HookIQ m'affiche la courbe de température et les jours propices d'un simple coup d'œil, ce qui me permet de caler mes rares matinées de libre exactement quand les chances de croiser un vrai brochet trophée sont les plus fortes. Enfile tes gants chauds, accroche le matériel lourd à ta ceinture et va chercher la profondeur. C'est précisément là que t'attend maintenant le poisson de l'année.
Bonnes prises et gros poissons !