Je suis debout à l'avant du bateau, le vent souffle froid sur le lac de barrage, et sur mon sondeur, à quatorze mètres de profondeur, un nuage d'arches de poissons se forme, si dense qu'il ressemble presque à une structure de fond. Pas de cassure, pas d'enrochement, pas de bois mort. Rien que de l'eau sous moi, de l'eau tout autour de moi, et au milieu, un banc de perches qui décide que c'est l'heure de manger. C'est exactement ce moment-là qui me fait sortir la cuillère de jigging.
Pourquoi les perches quittent la berge à cette période
Dès que la température de l'eau descend vers sept ou huit degrés, le comportement des perches change radicalement. Les alevins qu'elles chassaient tout l'été le long des cassures et des structures se retirent en pleine eau et forment là de gigantesques bancs lâches, au-dessus du fond le plus profond disponible. Les perches les suivent, et comme il n'y a aucune couverture en pleine eau, elles chassent à la verticale plutôt qu'à l'horizontale. Elles se positionnent au-dessus du poisson-fourrage, plongent dans le banc, le compriment et cueillent les retardataires. Pour nous, pêcheurs, cela veut dire une chose : les spots qui fonctionnaient tout l'été sont désormais vides, et le poisson se trouve là où on ne l'imaginerait jamais sans sondeur, en plein milieu de nulle part, entre douze et dix-huit mètres de profondeur.
C'est aussi pour cette raison que le lancer-ramener classique montre ses limites ici. Un leurre souple met trop de temps à atteindre cette profondeur, et pendant sa descente, il dérive bien trop loin du bateau. La cuillère de jigging, elle, tombe presque à la verticale, reste juste sous la pointe de la canne, et permet d'atteindre en quelques secondes exactement la profondeur où le sondeur affiche des arches de poissons.
Le sondeur devient la véritable canne à pêche
Sans un bon Side Imaging ou Down Imaging, cette pêche relève pratiquement du hasard. Je commence par parcourir les zones suspectées à vitesse réduite, en surveillant deux choses : la forme des arches de poissons et leur hauteur par rapport au fond. Des arches étroites et nettes regroupées en nuages denses sont presque toujours le banc de poissons-fourrage lui-même. Des signaux isolés, plus gros et en forme d'hameçon, juste en dessous ou sur le côté, ce sont les perches. Quand je repère cette configuration, je marque immédiatement le point en waypoint, même si le banc se déplace dans les minutes qui suivent. Les perches de pleine eau ne sont pas des poissons sédentaires. Elles se déplacent avec le poisson-fourrage, et il suffit souvent d'avancer de trente à cinquante mètres pour retrouver le banc sous le bateau.
L'indication de profondeur affichée à l'écran est également essentielle. Je pêche systématiquement avec le mode symboles de poissons activé, en plus du nuage sonar brut, car cela m'aide à évaluer rapidement la profondeur exacte où se tient le banc. Si le sondeur montre le banc à onze mètres pour une profondeur totale de seize mètres, je descends la cuillère exactement à onze mètres, et surtout pas jusqu'au fond. Au début, ça demande de la concentration, parce qu'il faut compter la descente de la ligne dans sa tête, mais après quelques sorties, ça devient presque automatique.
Le poids de la cuillère : la différence entre le contact et le chaos
Sur le choix du poids de la cuillère, je ne fais aucun compromis, même si ça peut surprendre les puristes de l'ultra-light. Entre quatorze et dix-huit mètres de profondeur, surtout s'il y a un peu de dérive ou de vent sur l'eau, je pêche systématiquement avec des cuillères entre vingt et trente grammes. Tout ce qui est plus léger perd le contact direct avec la ligne pendant la descente, part en dérive, et c'est exactement à ce moment de tension perdue que se produisent quatre-vingt-dix pour cent des touches qu'on ne remarque même pas. Une cuillère trop légère se sent certes plus fine au lancer, mais sous le bateau, en chute verticale, c'est simplement le mauvais choix.
Dans les zones de pleine eau plus peu profondes, disons entre huit et onze mètres, je réduis à quatorze-dix-huit grammes, car une cuillère trop lourde tombe de façon trop brutale à cet endroit et effraie les perches plutôt que de les attirer. La règle de base que je donne à quiconque débute dans cette technique : mieux vaut choisir une cuillère trop lourde que trop légère. Une cuillère trop lourde tombe toujours de façon contrôlée, avec un contact net, juste un peu plus vite. Une cuillère trop légère, en revanche, devient un objet flottant au moindre souffle en pleine eau, et tu pêches à côté du poisson sans même t'en rendre compte.
Côté forme, je privilégie les cuillères étroites et allongées avec un profil asymétrique, car elles produisent, en coulant, un battement irrégulier qui imite un alevin blessé en train de tituber. Les modèles larges et ronds battent certes de façon plus voyante, mais ils tombent aussi beaucoup plus lentement et de façon moins contrôlée, ce qui entraîne de nouveau une perte de contact en profondeur.
L'animation verticale qui fait toute la différence
Dès que la cuillère arrive à la hauteur du banc, le vrai travail commence. Je lève la pointe de la canne d'un mouvement court et sec, sur trente à quarante centimètres environ, puis je laisse retomber la cuillère sur une ligne tendue en comptant presque de façon rituelle la durée de la chute. Si ce rythme de comptage change soudainement, si la cuillère s'arrête plus tôt que prévu ou si la descente semble plus lourde, le ferrage part immédiatement. En novembre, sur les perches de pleine eau, les touches sont souvent étonnamment discrètes. Pas de coup sec et violent, mais une légère hésitation pendant la phase de descente, presque comme si la ligne se posait un instant sur quelque chose de mou.
Après le mouvement de jig, je laisse volontairement la cuillère immobile dans la zone pendant deux à trois secondes avant d'entamer le mouvement suivant. Surtout en eau froide et avec des poissons peu actifs, cette courte pause est souvent le moment où une perche hésitante finit par attaquer. Un jigging trop nerveux a tendance à disperser le banc plutôt qu'à le stimuler. Je travaille la zone par petites étapes : d'abord la profondeur où l'on voyait le plus d'arches, puis un mètre au-dessus, puis un mètre au-dessous, jusqu'à savoir exactement à quel niveau se joue l'activité alimentaire du moment.
Comme matériel, j'utilise une canne spinning courte et nerveuse, avec une pointe sensible, associée à une tresse d'environ 0,10 à 0,13 millimètre. À cette profondeur, la faible élasticité de la tresse n'est pas un luxe, c'est une condition indispensable pour sentir les touches les plus fines avant que la perche ne recrache la cuillère.
L'essentiel en résumé
Les perches de pleine eau au-dessus des fonds profonds ne sont pas une trouvaille due au hasard en fin d'automne, mais un schéma qu'on peut retrouver de façon fiable grâce au sondeur, dès qu'on sait ce qu'on cherche. La cuillère de jigging est le seul outil qui descend assez vite et qui garde un contact direct à cette profondeur, à condition que le poids corresponde à la profondeur de l'eau et non à ses habitudes de l'été. Celui qui pense en vingt grammes plutôt qu'en dix, celui qui accorde une courte pause à sa cuillère après chaque mouvement, et celui qui fait plus confiance à son sondeur qu'à son spot de l'été dernier, celui-là pliera encore sa canne par une grise journée de novembre, au-dessus d'une eau totalement dépourvue de structure. Bonnes prises et gros poissons !