Six heures du matin, le petit port de Milazzo sommeille encore à l'ombre du Monte di Milazzo. L'air sent le diesel et le sel, un pêcheur trie des sardines dans des caisses en polystyrène, et devant nous, le détroit de Messine s'ouvre comme une porte sur la mer Tyrrhénienne. Quelque part là-bas, entre les lignes de courant et les sardines, les bonites chassent. Et c'est exactement ce qu'on est venus chercher aujourd'hui.
Pourquoi la bonite mérite plus de respect
Dans le milieu du big game, la bonite est souvent méprisée. Trop petite, trop commune, pas assez trophée. Celui qui pense ça n'a jamais combattu un Sarda sarda de trois kilos à la canne à lancer. La bonite est une torpille compacte dotée d'un cœur qui bat plus vite que celui de n'importe quel poisson de sa taille. Elle combat bien au-dessus de sa catégorie de poids, tire du fil comme une possédée et ne lâche rien — jusqu'à ce qu'elle soit dans l'épuisette. Ou jusqu'à ce qu'elle se décroche, ce qui arrive plus souvent qu'on ne voudrait l'admettre.
Mais pour moi, les bonites représentent autre chose : des précurseurs. Quand en juin les premiers bancs pénètrent dans le détroit de Messine, les thons rouges suivent avec quelques semaines de décalage. Les bonites arrivent avec les sardines, et les sardines arrivent avec l'eau chaude. Celui qui trouve les bonites comprend le courant, la température et les déplacements des proies de ce secteur. Et c'est exactement cette compréhension qui paie plus tard, pendant la saison du thon rouge.
Le détroit de Messine : un terrain de jeu unique
L'étroit passage entre la Sicile et la Calabre n'est pas une zone côtière ordinaire. Ici, la mer Tyrrhénienne et la mer Ionienne se percutent, les courants changent avec les marées, des écarts de température de deux à trois degrés se retrouvent parfois à cent mètres d'écart seulement. Cette dynamique crée un phénomène que les pêcheurs du monde entier recherchent : un piège à fourrage naturel.
Le courant plaque sardines et anchois en surface, les regroupe, leur coupe toute échappatoire. C'est exactement dans ces goulets que les bonites attendent. Parfois en bancs de trente à quarante poissons, parfois en groupes dispersés s'étalant sur cent mètres. Le schéma est presque toujours le même : là où passe la ligne de courant, là se tiennent les poissons.
Depuis Milazzo, je suis généralement sur zone en vingt à trente minutes. Les premières zones productives commencent déjà au large de Capo Peloro, la pointe nord-est de la Sicile. Ceux qui s'enfoncent plus profondément dans le détroit, en direction de Reggio Calabria, trouvent souvent moins de pression nautique et tout autant de poisson. L'essentiel n'est pas le spot exact, mais la capacité à lire les lignes de courant.
Trouver le fourrage, c'est trouver la bonite
Avant même de faire le premier lancer, je navigue. Lentement, les yeux ouverts, un œil sur le sondeur. Ce que je cherche, ce ne sont pas des bonites à l'écran. Je cherche le fourrage. Les sardines apparaissent comme des nuages denses et compacts entre deux eaux, généralement entre cinq et quinze mètres de fond. Les anchois se tiennent souvent encore plus haut, parfois si près de la surface qu'on distingue leur scintillement argenté à l'œil nu.
Les oiseaux sont mon deuxième sondeur. Puffins et goélands méditerranéens ne tournent pas au-dessus d'un endroit sans raison. Quand trois ou quatre oiseaux se rassemblent au-dessus d'un point et commencent à descendre de plus en plus bas, il y a presque toujours du fourrage en dessous. Et là où il y a du fourrage, les prédateurs ne sont jamais loin.
Une astuce qu'un pêcheur sicilien m'a montrée il y a des années : observe la couleur de l'eau. Dans le détroit de Messine, il existe des frontières de couleur visibles, là où une eau plus froide et verdâtre rencontre une eau plus chaude et bleu profond. C'est précisément à ces transitions que le plancton se concentre, et c'est là que les sardines se rassemblent en masse. Les bonites patrouillent le long de ces lignes comme des loups le long d'une coulée de gibier.
Le bon matériel : la légèreté avant tout
Celui qui part traquer la bonite avec du gros matériel de big game se prive de quatre-vingt-dix pour cent du plaisir. Une bonite de deux à quatre kilos sur une stand-up en 50 livres — on ne sent rien. Le même poisson sur une canne à lancer légère avec une puissance de 10 à 20 grammes se transforme en adversaire sérieux.
Mon montage pour la traque de la bonite au large de la Sicile est simple. Une canne spinning de 2,40 mètres avec une puissance de 10 à 30 grammes, associée à un moulinet taille 3000 garni de tresse en 10/100. En bas de ligne, j'utilise 40 centimètres de fluorocarbone en 30/100. La bonite n'a pas de dents capables de couper du mono ou du fluoro, mais elle a des yeux de faucon. Dans l'eau cristalline de Sicile, un bas de ligne trop épais fait la différence entre dix touches et aucune.
Le frein est crucial. Les bonites démarrent de manière explosive, et si le frein est trop serré, c'est le bas de ligne qui casse ou l'hameçon qui arrache. Je règle mon frein de façon à ce qu'une traction franche de la main libère tout juste du fil. Ça semble souple, mais crois-moi : quand une bonite part à pleine vitesse, tu seras content que le frein cède plutôt que de voir l'hameçon simple n°6 se décrocher de la commissure.
Les leurres métalliques : la clé de la bonite
Il existe bien des façons de prendre une bonite. Les petits poppers fonctionnent, les stickbaits peuvent être redoutables, et un vif à l'hameçon reste le nec plus ultra. Mais honnêtement, au large de la Sicile, neuf fois sur dix, je choisis le métal. Pour une raison simple : la distance et la vitesse.
Les bancs de bonites apparaissent et disparaissent. Parfois, tu as trente secondes pour placer un leurre dans la zone d'alimentation avant que le banc ne replonge. Un jig de 20 grammes vole à cinquante, soixante mètres et coule assez vite pour atteindre les poissons qui sont déjà en train de redescendre. Aucun poisson nageur ni popper ne peut en faire autant.
Mes trois favoris sont des jigs de casting classiques entre 15 et 30 grammes, de forme allongée et fine. Les couleurs comptent moins qu'on ne le croit. L'argenté fonctionne toujours, parce qu'il imite une sardine. Argenté avec dos bleu est mon premier choix par eau claire et soleil. Et un simple jig brut, sans peinture, fonctionne les jours où les bonites se nourrissent si agressivement qu'elles attaquent tout ce qui brille.
L'animation est déterminante. Les bonites chassent des proies rapides. Un leurre souple récupéré lentement ne les intéresse pas. Je lance le jig, je le laisse couler deux à trois secondes, puis je mouline vite en donnant des coups secs et courts avec le scion. Le jig doit papillonner, scintiller, changer de direction — comme une sardine paniquée qui nage pour sa vie. La touche vient presque toujours pendant la phase rapide, jamais pendant la descente. Et elle arrive violemment. Si violemment que tu n'as pas besoin de ferrer — le poisson s'en charge pour toi.
Tactique de banc : comment pêcher un banc de bonites de façon méthodique
Trouver le banc, c'est la moitié du travail. L'autre moitié, c'est le pêcher correctement sans le faire fuir. Les bonites sont des poissons grégaires à la mémoire courte, mais dotés d'un sens aigu du danger. Un bateau qui fonce à plein régime dans un banc en pleine chasse ne reverra pas ce banc de la journée.
Ma méthode est la suivante. Dès que je repère de l'activité en surface — éclaboussures, oiseaux ou ce bouillonnement caractéristique — je réduis le moteur au ralenti. À cinquante mètres de l'activité, je coupe le moteur et je laisse le bateau dériver. Puis je lance. Le premier lancer ne vise pas le centre du banc, mais son bord. Les bonites en périphérie sont plus affamées, car elles reçoivent moins de nourriture. Elles mordent plus vite et se battent avec plus de rage.
Après le premier poisson, je fais quelque chose qui est difficile pour beaucoup de pêcheurs : j'attends. Trente secondes, une minute. J'observe la direction que prend le banc. Les bonites se déplacent presque toujours face au courant, en suivant le fourrage. Quand je vois les éclaboussures se déplacer vers le nord, je repositionne le bateau de façon à pouvoir lancer latéralement dans le banc, plutôt que de le poursuivre par derrière.
Les bons jours, un banc de bonites reste actif pendant des heures. Ces jours-là, je prends quinze, vingt poissons, et chacun se bat comme si sa vie en dépendait. Ce qui est effectivement le cas. Les mauvais jours, le banc disparaît en profondeur au bout de cinq minutes. Alors il faut repartir en quête : longer les lignes de courant, observer les oiseaux et faire preuve de patience. Le détroit de Messine offre toujours quelque chose. Il faut simplement être prêt à travailler pour l'obtenir.
Quand et où : le timing dans le détroit
La saison de la bonite en Sicile commence fin mai et s'étend jusqu'en octobre. Le pic absolu se situe en juin et juillet, quand la température de l'eau oscille entre 20 et 23 degrés et que les sardines traversent le détroit en bancs serrés. En plein été, au mois d'août, l'activité se déplace souvent vers les premières heures du matin et la fin d'après-midi, la chaleur de midi rendant aussi les poissons léthargiques.
Le meilleur créneau, pour moi, c'est le petit matin — du lever du soleil jusqu'à environ neuf heures. Pendant ces heures, le courant est souvent le plus fort, le fourrage le plus concentré et les bonites les plus agressives. Une deuxième fenêtre s'ouvre en fin d'après-midi, quand le soleil descend et que la lumière s'adoucit. Entre onze heures et quinze heures, il se passe rarement quelque chose — sauf quand une phase de courant particulièrement forte pousse du fourrage frais en surface.
Concernant les marées : dans le détroit de Messine, le changement de marée joue un rôle plus important que dans la plupart des autres secteurs méditerranéens. L'alternance entre le flot et le jusant génère de forts courants qui concentrent le fourrage. Mes meilleures expériences se situent dans les deux heures précédant et suivant le changement de marée. C'est précisément pendant cette phase de transition que les bancs de sardines se mettent en mouvement, et les bonites exploitent le chaos.
Ce qui reste de la journée
La bonite n'est pas un poisson record ni un trophée pour le mur. Mais c'est un adversaire honnête qui t'apprend davantage sur la mer que bien des thons rouges ne le feront jamais. Celui qui apprend à lire les lignes de courant, à interpréter les oiseaux et à animer un leurre métallique pour qu'il ressemble à une sardine en fuite possède des compétences qui vont bien au-delà de la bonite.
Pour moi, les journées de juin dans le détroit de Messine comptent parmi les plus belles de l'année de pêche. Du matériel léger, des poissons rapides, un terrain de jeu qui se réinvente à chaque changement de marée. Et la certitude que les bonites ne sont que les précurseurs. Qu'un jour en juillet, quand l'eau sera assez chaude et les bancs de sardines assez denses, les premières ombres des grands thons rouges glisseront à travers le détroit.
D'ici là, je savoure chaque bonite. Et chacune d'entre elles le mérite.
Mers calmes et cannes courbées !