Cinq heures trente, quelque part au-dessus du banc Princess Alice, et le skipper coupe les gaz. Personne ne dit un mot. Tous les regards ne sont pas tournés vers l'eau, mais vers le ciel. Car là-bas, à quelques centaines de mètres par le travers, un nuage de puffins plane au-dessus de la mer et plonge encore et encore. En dessous, nous le savons tous à bord, l'eau bout. Et plus bas encore, les thons à nageoires jaunes patrouillent.
Le popping sur le thon jaune au large des Açores est pour moi l'une des formes les plus honnêtes du big game. Pas de fighting chair, pas d'une demi-douzaine de cannes en éventail à la traîne, pas d'attente du hasard. Tu lances à la main, tu animes avec le corps, et quand un poisson de vingt, trente, quarante kilos jaillit du bleu vers la surface et engloutit ton leurre dans une gerbe d'écume, tu le ressens jusque dans les omoplates. Mais le popping est aussi l'exercice le plus exigeant. Celui qui se contente de tenir sa canne en l'air en espérant rentrera bredouille. Tout se joue sur trois choses : le bon leurre, la bonne animation et la lecture des oiseaux.
Pourquoi le stickbait a si souvent une longueur d'avance aux Açores
Il existe deux grands types de leurres de surface, et chacun a sa place. Le gros popper avec sa large coupelle est un rabatteur. Il projette de l'eau, il fait du bruit, il traîne derrière lui une large traînée de bulles et attire ainsi vers le haut des poissons qui ne sont même pas encore en chasse. Le stickbait, lui, est le séducteur. Il imite un poisson-fourrage en fuite, qui tente désespérément de s'échapper. Et c'est exactement ce qu'un thon jaune en maraude veut voir.
Au large des Açores, je le constate année après année : le stickbait coulant ramène le plus de poissons dès que les thons chassent déjà en surface. La raison est simple. Quand les oiseaux travaillent et que l'eau se brise, la table est déjà mise. Les thons jaunes traquent alors de petits poissons-fourrage, souvent des maquereaux ou des calmars, et ils sont réglés sur la vitesse. Un popper qui clapote bruyamment et avance lentement paraît à cet instant presque trop pataud. Le stickbait coulant, au contraire, se ramène en un éclair à travers la zone et déclenche précisément le réflexe qui pousse le poisson à mordre.
J'ai presque toujours les deux cannes à portée de main. Si un banc se tient encore en profondeur et qu'il faut d'abord le faire remonter, je sors le popper, car sa traînée de bulles court sur la mer comme un groupe de poissons-fourrage en fuite et attire les prédateurs jusqu'à distance de lancer. Mais dès que la chasse devient visible en surface, je passe au stickbait. Comme taille de leurre, aux Açores, je pêche le plus souvent entre 160 et 190 millimètres et 80 à 130 grammes, selon la distance de lancer nécessaire et la taille des poissons-fourrage que je vois sous les oiseaux.
L'animation rapide : pourquoi hésiter se paie cash
L'erreur la plus fréquente que je vois chez les invités, c'est une animation trop lente, trop prudente. Sur la perche, chez toi, tu aimes bien laisser le leurre planer un instant. Sur le thon jaune, c'est la voie royale vers la touche ratée. Un thon à nageoires jaunes décide en une fraction de seconde si la poursuite en vaut la peine. Si la proie supposée ne bouge pas de manière convaincante, il fait demi-tour.
Avec le stickbait, je mène une animation rapide et agressive, avec de courts coups secs du scion vers le bas, tout en moulinant vivement en même temps. Le leurre doit frétiller juste sous la surface et s'échapper par à-coups, comme un poisson qui nage pour sauver sa peau. L'essentiel, c'est le rythme entre tirée et récupération, sans jamais laisser de mou dans la ligne. Si un poisson suit — et tu le vois souvent comme une ombre sombre ou une vague d'étrave —, surtout ne ralentis jamais. Au contraire, j'accélère encore. Rien ne déclenche l'attaque plus sûrement qu'une proie qui semble sur le point de s'échapper.
Avec le popper, le tempo est différent, mais la conséquence est la même. Je le travaille par tractions énergiques, de sorte qu'il projette bien de l'eau à chaque coup, et je ne le laisse au repos qu'un court instant entre les pops. Des pauses trop longues coûtent des poissons. Et quand l'attaque survient, tu attends le temps d'un battement de cils, jusqu'à sentir tout le poids, puis tu ferres de tout le haut du corps. Un thon jaune a une gueule dure comme de l'os. Un ferrage timide ne suffit pas à planter l'hameçon, et tu perds le poisson après quelques secondes de combat.
Lire les oiseaux : ton meilleur détecteur de poissons
Au large des Açores, tu ne pêches pas à l'aveugle au-dessus des monts sous-marins : tu suis les oiseaux. Le puffin cendré, que les Portugais appellent Cagarro, est mon plus précieux allié. Ces oiseaux savent bien avant nous où se tiennent les poissons-fourrage, et lorsqu'ils commencent à plonger en piqué dans l'eau, c'est que les thons poussent la proie vers la surface par en dessous. Ce que tu vois du dessus n'est que la pointe d'une chasse qui a commencé depuis longtemps dans les profondeurs.
Cela vaut la peine d'observer précisément comment les oiseaux se comportent. S'ils restent simplement posés sur l'eau à se laisser bercer, il ne se passe généralement rien : ils se reposent ou attendent. Mais s'ils tournoient serrés les uns contre les autres et plongent activement encore et encore, alors quelque chose se trame en dessous. Et quand soudain tout le tableau explose, que les oiseaux montent et se laissent tomber et que la mer écume blanche à un endroit précis, il faut agir vite. Ces coups de sang en surface ne durent souvent qu'une minute ou deux avant que le banc ne replonge.
C'est précisément là que réside l'art. Tu ne fonces pas au milieu du banc, car rien ne fait fuir des thons en chasse plus vite qu'une hélice au-dessus de leur tête. Je laisse le skipper positionner le bateau en bordure de l'activité, vent dans le dos, de façon à pouvoir lancer le leurre dans la zone sans passer par-dessus. Ensuite, chaque seconde compte. Lancer, entrer en contact aussitôt, animation rapide, et si rien ne se passe, ramener immédiatement et relancer. Sur des poissons en chasse, tu obtiens rarement une deuxième invitation.
Tout rassemblement d'oiseaux ne signifie pas thon jaune. Parfois, il n'y a en dessous que de petites bonites ou des maquereaux. Mais aux Açores en plein été, quand l'eau est chaude et que les monts sous-marins comme Princess Alice ou le banc Condor forment leurs remontées d'eau sur leurs arêtes, ce sont bien assez souvent les gros thons jaunes qui pressent le poisson-fourrage vers le haut. Et là, tu obtiens une chance qu'aucun éventail de traîne au monde ne saurait t'offrir.
Le matériel doit tenir le choc
Je veux être honnête : sur ce point, on ne lésine pas. Un thon jaune de quarante kilos en surface te démolit tout matériel trop faible. Je pêche avec des cannes de classe PE 8 à PE 10, associées à un gros moulinet spinning en taille 14000 à 18000, doté d'un frein qui tient largement plus de dix kilos et reste malgré tout parfaitement fluide. Comme corps de ligne, une tresse dans cette classe, et au bout un bas de ligne fluorocarbone ou nylon au-delà des 130 livres, davantage encore sur les poissons capitaux.
C'est à la liaison entre le leurre et la ligne que se perdent la plupart des poissons. Anneaux brisés et hameçons doivent correspondre à la classe, pas à ce qui traîne par hasard dans la boîte. J'ai déjà vu un anneau brisé trop faible complètement ouvert sur un poisson d'à peine quinze kilos — et c'était encore un petit. Prends des anneaux brisés robustes, conçus pour le big game, et des triples tout aussi solides, ou un montage à hameçon simple bien pensé avec une assist line assez longue pour que l'hameçon prenne correctement à l'attaque. Contrôle tout cela après chaque poisson débarqué. Un hameçon ouvert ou un bas de ligne éraflé te coûtera sinon le poisson de ta vie.
Ma conclusion
Le popping sur le thon à nageoires jaunes aux Açores récompense celui qui est préparé et qui agit vite. Garde le stickbait prêt quand la chasse a déjà commencé, et le popper pour appeler les poissons hésitants depuis la profondeur. Anime le leurre de façon agressive et ne ralentis jamais quand une ombre te suit. Et fais confiance aux oiseaux : ce sont tes meilleurs éclaireurs sur cette vaste mer.
Une dernière pensée, tirée de nombreux étés passés là-bas : l'activité des oiseaux à elle seule n'est qu'une partie du tableau. Le moment où les fenêtres s'ouvrent vraiment dépend de l'interaction entre température de l'eau, courant au-dessus du mont sous-marin, marée et heure du jour. Désormais, je laisse HookIQ rassembler pour moi tous ces éléments, afin de savoir dès le matin quelles heures, au-dessus de quel fond, offrent les meilleures cartes, plutôt que de m'en remettre au seul instinct. Le reste, c'est un lancer lointain, une main tranquille et un œil en éveil vers le ciel.
Mers calmes et cannes courbées !